Une trouée dans le chemin de Saint-Jacques (La Dépèche)

Une parcelle de bois classée dévastée, un sentier de randonnée massacré : Patrick Fabre crie à l’atteinte patrimoniale. Le maire, Arnaud Devilliers, tempère.

Au-dessus de la porte de Feracap, à Penne-d'Agenais, l'agréable chemin ombragé débouche sur un boulevard arasé et caillouteux en plein soleil.
Au-dessus de la porte de Feracap, à Penne-d’Agenais, l’agréable chemin ombragé débouche sur un boulevard arasé et caillouteux en plein soleil.
Fermez les yeux. Vous êtes équipés de pied en cap et avez décidé de faire un bout du chemin deSaint-Jacques, entre Tournon et Pujols. Il fait beau (faites un effort !) et le GR652, chemin de Saint-Jacques donc et de grande randonnée itou, vous conduit jusque sur les hauteurs de Penne. Avant d’arriver à Notre-Dame-de-Peyragude, le GR traverse un agréable sous-bois. Une merveille de petit chemin ombragé, entre les chênes, où l’on se suit à la queue-leu-leu. Quand tout à coup : l’autoroute !

Sur 150 mètres environ, les arbres ont été coupés, les souches arrachées, la terre raclée, pour ouvrir, en lieu et place de votre frais sentier un «boulevard» de 4 bons mètres de large, complètement défoncé et où vos pieds roulent sur des pierres à entorses. C’est ce spectacle que Patrick Fabre, ancien maire de Penne-d’Agenais, de 2004 à 2008, et habitant à proximité du sentier, a découvert, début avril, en allant faire son footing.

«Aucune plainte déposée»
«C’est insensé et inouï un massacre pareil», s’emporte l’ancien maire. «C’est une atteinte au bien patrimonial». «Les parcelles sont classées EBC, espace boisé classé», précise Jean Noirez, l’ex-adjoint à l’urbanisme sous la mandature Fabre. «On ne peut ni abattre ni même nettoyer sans en référer à la mairie ou à la préfecture. Et là, une parcelle entière a été déboisée et le chemin massacré.» «J’ai écrit à la mairie», renchérit Patrick Fabre, «mais on m’a dit qu’aucune plainte ne serait déposée contre les auteurs. ça revient à dire qu’on peut casser n’importe quoi à Penne.»

Le maire actuel, Arnaud Devillers, ancien secrétaire général de la mairie de Patrick Fabre, avec lequel les relations sont loin d’être apaisées, nuance : «Il n’y aura effectivement aucune plainte déposée par la mairie car ce n’est pas la conception que nous avons du vivre ensemble. En revanche j’ai reçu en mairie les auteurs de ces «aménagements sauvages» : il s’agit de deux propriétaires mitoyens. Ils vont ou ont déposé, à ma demande, un dossier d’instruction auprès de la préfecture pour l’obtention des autorisations administratives. La procédure va alors suivre son cours. Il n’est pas sûr, compte tenu des interdictions en vigueur sur les parcelles, que nos deux administrés soient autorisés à réaliser… ce qu’ils ont déjà fait. Auquel cas, des sanctions pourront être prononcées, de peines d’amendes, jusqu’à la remise en état antérieur du chemin.»

«Assez fier de lui…»
L’histoire avait, semble-t-il ,commencé il y a quelques années, lorsque le propriétaire d’une parcelle boisée avait, sans autorisation déjà, abattu des arbres et abandonné des souches sur la parcelle voisine. Son propriétaire a décidé, début avril, de nettoyer : «Et il s’est fait de la place pour accéder avec ses engins», explique Arnaud Devilliers avant d’ajouter, un brin dépité : «Il était même assez fier de lui…»

[Article et photo de Jérôme Schrepf publié dans la Dépèche du Midi du 15/5/2013]