Roquecor, une randonnée exceptionnelle, avec un tournant raté

Nous étions treize (aie!), plus le labrador Gribouille (ouff!), à nous retrouver sur un parking de Roquecor, ce village mediéval et touristique du Tarn et Garonne. Nous remarquions le camion anglais en rade. Nous étions loin de penser que cette randonnée allait aussi laisser certains d’entre nous en rade, perdus égarés d’un itinéraire prévu mais inachevé.

Les spécialistes remarquaient déjà en regardant le panneau d’affichage des circuits que – « comme d’habitude en Tarn et Garonne » – tout n’était pas clair. Nous prenions des photos de ce panneaux, aide supplémentaire aux cartes IGN sur lesquelles nos « cheftaines » avaient tracé en rouge le circuit envisagé, le « PR-7 », long de 13,5 kilomètres. Et en avant la troupe en cette après-midi merveilleusement ensoleillée!

La randonnée nous a offert de belles vues dans ce village perché et de très larges panoramas sur ses environs, avec – nous allions le découvrir rapidement – sa succession de larges et profondes vallées qui séparent les plateaux.

Après une descente assez brusque nous permettant de voir « Lou Roc des Nobis », cette énorme pierre qui au Moyen Age s’était détachée de la falaise pour écraser fatalement de jeunes mariés et leurs invités, et une lente remontée sur un étroit chemin bordé de ronces avec des plantations de betteraves de chaque côté nous arrivions sur un premier plateau. Un carrefour en plein champ sans aucune indication de la direction à prendre. Mais certains voyaient au loin le village de Lacour de Visa. « Tu te rappelles la dernière fois, c’était par là. »

Courte halte dans ce village, et re-belotte, nous descendions dans la vallée suivante pour arriver sur une route et un croisement (flèche rouge sur carte). Plusieurs d’entre nous étaient déjà entrain de regarder leurs cartes, et de reverifier les photos qu’ils avaient prises du panneau d’affichage. « Va-t-on tout droit, ou tournons-nous vers la gauche, le long de la route? » Zat iz ze qwestione, my dear Watson! (L’expression convient tant nous avons vu d’habitations rénovées et occupées par des Anglais!)

Le consensus était, avouons le, « mou », mais nous entamions une nouvelle remontée à travers les bois. Mais à aucun moment le chemin semblait virer vers la gauche. Nous semblions continuer tout droit, nous éloignant de plus en plus de notre point de départ. « Et comment allons nous revenir de Toulouse? je n’ai pas d’argent » blaguaient plusieurs, tandis que d’autres, tête baissée, se « mettaient en pilotage automatique » pour ne pas trop douter de cette aventure en pays inconnus.

Finalement sur un second plateau, à quelques encablures de Bourg de Visa sur notre droite, notre chemin nous permit de virer à gauche. Il nous fallait à tout prix reprendre le chemin du retour. Mais par où? Nous n’étions même pas sur les cartes que nous avions amenés!! Une tentative à droite, ce fut un cul de sac. Puis à gauche vers quelques habitations pour demander le chemin. « Oui, continuez, en descendant, c’est bon pour retrouver le chemin de Roquecor, » nous indiquait un homme âgé du pays.

Ceux qui avaient déjà été dans les parrages reconnurent alors au loin dans la vallée un ensemble de bâtisses magnifiques, le lieu-dit ‘Moulin Bessou’, situé en bordure d’une rivière (flèche jaune sur carte). C’est là que cinq d’entre nous prenions la décision d’appeler « un secours en montagne », un brave époux avec sa voiture balais pour marcheurs épuisés. Tandis que les courageux s’éloignaient pour affronter une nouvelle remontée.

Une fois retrouvés nos véhicules à Roquecor – après une route en lacet qui nécessitait quasiment de passer en seconde vitesse ! – nous prenions la décision d’aller chercher nos amis. Deux voyages ont été nécessaires, et pour caser chacun, le coffre de ma nouvelle 207SW fut honorée une fois par Paulette, la seconde par Gribouille.

Malgré les rigolades, au fil des heures, la fatigue et les doutes apparaissaient sur beaucoup de visages. Ce fut une randonnée d’exception à plusieurs titres : sa longueur, ses dénivelés, ses très beaux paysages et… ce faux pas d’un tournant raté. On se souviendra de Roquecor, et très probablement on y retournera.