Marcher et manger

S’il est certain qu’il faut manger pour marcher, il n’est certainement pas dans les objectifs d’un randonneur de marcher pour manger. Mais après quelques kilomètres et quelques pentes raides, il lui arrive d’avoir un petit creux au ventre. Le petit-déjeuner lui semble bien digéré et il lui faut reprendre des forces.

C’est ainsi que lorsqu’on voit la pancarte fléchée « Casse croute », on se ressent des ailes pour atteindre le point de ravitaillement. Nous étions une vingtaine dans ce groupe de randonneurs à l’allure plus lente, des tortues comparés aux lièvres devant, à nous approcher de cette table installée le long du parcours. Et quelle déception: de saucisson point, pas de pain, d’orange, de pruneaux, de jus de fruits, de fromage. Quelques restes de pâté de tête, et beaucoup d’assiettes carton sales et de gobelets plastiques vides.

« On s’excuse, on en avait prévu pour 150, et c’est 190 personnes qui se sont inscrits. Mais attendez un peu, une voiture va nous ravitailler. » Nous sourions jaune et blaguons sur les randonneurs qui nous précédaient. « Ils ne devaient pas avoir mangé depuis 10 jours. »

La voiture arrive. Les responsables du ravito déchargent aussi vite que possible. Ils sont plusieurs à couper pain et oranges en quartiers à toute vitesse. Il faut éviter une ruée vers la nourriture. La situation me fait penser à l’accueil de l’aide alimentaire qu’on distribue dans le tiers-monde.

Manifestement les organisateurs ne sont pas au bout de leurs peines. Alors que nous reprenons le chemin, on entend: « Bon, je prends ce qui reste et je vais vite au deuxième ravitaillement. »

Tout en profitant des vues plutôt brumeuses de ce coin du Lot et Garonne, certains évoquent la même randonnée en 2012. Là aussi, ils n’avaient pas vu assez large et avaient dû s’excuser du manque de nourriture. Chacun va de sa petite hypothèse: organisation défectueuse, pas assez de sponsors, de budget…

Plusieurs kilomètres plus loin, nous arrivons au deuxième stand de ravitaillement. Pour découvrir la même scène: une table vide, et plus rien à manger. Ni d’eau à boire. « Ils ont dû la garder pour l’appéritif« , gronde un randonneur mécontent. Son estomac sans doute aussi. Et comme cerise sur le gâteau (invisible), un responsable dit tout haut : « Bon, les magasins sont fermés, on n’y peut rien, on débarrasse! » Quel manque de tact devant tous ses visages déçus. Une de ses collègues tente de savoir si nous sommes les derniers à passer? « Non, non, il y a encore du monde derrière… »

Bon, ce genre de problème peut arriver. Il ne faut pas être trop dur. On a couvert les uns et les autres 19 ou 11 kilomètres de cette rando de Castelnau de Gratecambe. On s’est dépensé, et après l’appéro on va bien manger chez nous à midi.